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Police: des faciès à charge ou à décharge?

OPINION: Les attaques contre la police sont motivées politiquement, explique l’ancien commandant de la police cantonale vaudoise, Pierre Aepli. Ce qui est en question n’est pas la formation de la police mais la lutte contre l’impunité des délinquants

La formation de la police jugée inappropriée car trop axée sur le contrôle et non sur le service aux citoyens, et les accusations de violence à l’encontre de Noirs ont récemment fait les gros titres de la presse. Sans nuances, les policiers sont présentés dans certains milieux au mieux comme des Rambo, au pire comme des racistes acharnés à traquer des individus dont le seul tort est d’être de couleur différente. Sans nier qu’il puisse y avoir des fautes et sans les excuser, j’aimerais cependant examiner le problème sous un autre angle.

Si le seuil de tolérance s’est élevé dans de nombreux domaines, notamment pour certains types d’incivilité et de délinquance, il s’est en revanche fortement abaissé dans d’autres cas, là où la morale et le politiquement correct sont devenus tout-puissants et tendent à stigmatiser et à condamner sans procès ceux qui n’adhèrent pas à la nouvelle doxa. Cette évolution est caractérisée par la prééminence accordée à la reconnaissance et à la défense des droits particuliers et identitaires des individus et des groupes minoritaires. L’Etat est sommé de multiplier les lois et les règlements pour gommer toutes les différences, garantir ces droits et éviter que, sous couvert de liberté de pensée et d’expression, ils puissent être contestés. Sa voix, concurrencée par la multiplication des sources d’information et des fake news, devient inaudible; il a perdu le contrôle de la communication. En conséquence, il est affaibli face à des revendications dont les porteurs exploitent parfaitement ses faiblesses à leur profit.

Les «victimes» triomphent

Si l’on place les attaques contre la police dans ce cadre, on comprend qu’elles ne sont que le moyen d’atteindre des objectifs politiques précis. L’extrême gauche porte la première estocade en renversant les effets et les causes: c’est la police qui engendre la violence car elle poursuit les dealers et nuit à leur trafic qui n’est que le moyen de subsistance que leur laisse une société qui les rejette. Deuxième axe d’attaque: les forces de l’ordre sont racistes car elles ciblent les Noirs. Raciste est l’injure suprême qui vaut pour celui qui en est victime absolution, quelle que soit sa conduite. Troisième vague: comme dans Le Cid, les prompts renforts arrivent et élargissent le combat qui devient celui d’Antigone qui oppose à Créon «les lois non écrites des dieux». La cohorte œcuménique des bien-pensants, des faux-pensants et des rien-pensants unit ses forces pour porter l’affaire sur le terrain moral où les arguments rationnels s’effacent devant les émotions. Les autorités bégayent, la police panse ses plaies, les «victimes» triomphent.

Peut-on sortir de ce cercle vicieux en protégeant la société, en appliquant la loi et en luttant contre l’impunité des délinquants qui pourrissent la vie quotidienne et sont la cause d’innombrables drames?

Tester la volonté des dealers

Je suis conscient des difficultés de réalisation de l’approche suivante, mais elle devrait au moins être approfondie. Elle passe par trois phases:

– Neutralisation: les dealers condamnés et refusant leur expulsion seraient rassemblés dans des lieux de détention spécifiques;

– Formation: ils y recevraient, contre l’engagement de quitter la Suisse, une formation qui leur serait utile dans leur pays;

– Rapatriement: pour faciliter leur réinsertion à leur retour, la Confédération, par le truchement de l’aide au développement, développerait des projets dans lesquels les personnes renvoyées pourraient utiliser les connaissances acquises en Suisse.

Une telle manière de faire permettrait de tester la volonté des concernés de saisir la chance qui leur est offerte et celle de leurs défenseurs de contribuer à des solutions concrètes. Cette approche ne pourrait naturellement réussir que si elle était soutenue par une forte campagne d’explication.

Par: Pierre Aepli, ancien commandant de la police cantonale vaudoise (Lien)