La commandante de la police genevoise, Monica Bonfanti, est entourée de l’ancienne et de l’actuelle présidentes de l’Association des policières suisses (APS), Nadja Koch (à g.) et Cristina Monti. Image: Christian Bonzon

Pas assez de policières

Carrière: Les femmes dans la police ne représentent que 15% des effectifs. Insuffisant pour le conseiller d’État Pierre Maudet.

C’était il y a quelques jours, dans la campagne genevoise après un séminaire consacré, notamment, au détournement d’avion. Plus d’une centaine de policières de toute la Suisse étaient réunies sous l’égide de l’APS, l’Association des policières suisses créée en 1962, à l’invitation de la commandante de la police genevoise, Monica Bonfanti. «Genève a deux spécificités, lance le conseiller d’État Pierre Maudet chargé de la Sécurité et de l’Économie, l’une est méconnue mais finalement banale en Suisse, une campagne avec de beaux vignobles, l’autre est unique, une femme commandante de la police.»

Le constat du magistrat fait sourire l’assemblée féminine. Mais aussi réfléchir. Nadja Koch, ancienne présidente de l’APS, raconte qu’à l’âge de 5 ans elle voulait déjà revêtir l’uniforme. «On me disait que ce n’était pas pour moi. Les femmes devaient rester au bureau ou à la maison…» C’était il y a une trentaine d’années. Aujourd’hui, les choses ont changé heureusement. Pourtant, en Suisse, moins de 15% du corps de police est constitué de femmes, avec une légère tendance à la hausse.

«Moins prises au sérieux»

Être policière en 2017 est certes plus facile qu’il y a trente ans. «Mais il subsiste des difficultés, constate Monica Bonfanti. Des personnes, par exemple, en fonction de leur nationalité, ne nous répondent pas, poursuit Cristina Monti, l’actuelle présidente de l’APS. Nous sommes parfois moins prises au sérieux que les hommes alors que nous avons la chance, en étant femmes, de pouvoir désamorcer des conflits. Nos tactiques sont différentes de celles des hommes sans que cela soit forcément volontaire.» Et de faire remarquer qu’en Suisse, on ne recense aucune femme dans les forces spéciales contrairement à d’autres pays européens voisins.

À Genève, depuis plus de dix ans, c’est donc une femme qui commande la police. Sous ses ordres, les policières représentent aujourd’hui 14% des effectifs (8% seulement en 2011). «Genève est un modèle à suivre», estime Cristina Monti. Mais il y a encore à faire, notamment dans la présence de cadres féminins dans les états-majors (surtout à la PJ, où il n’y en a aucune). Pierre Maudet en est en tout cas persuadé: «Les femmes doivent être représentées à tous les niveaux du management. C’est une question d’égalité. Les compétences des femmes ont été trop longtemps négligées. Il est temps de se rattraper.» Et c’est un homme qui le dit!

Par: Valérie Duby (Le Matin)

http://www.lematin.ch/suisse/policieres/story/17038607