La voiture des fuyards a percuté la voiture de gendarmerie, blessant grièvement une gendarme vaudoise.

«On se réunira autour d’une table pour analyser ce cas»

Course-poursuite: Les secours français ont-ils trop tardé à intervenir, dimanche à l’aube, auprès de la policière vaudoise de 26 ans? Explications.

La course-poursuite achevée à Thoiry après un vol de caravane à Etagnières (VD), qui a conduit dimanche à l’aube une gendarme vaudoise de 26 ans grièvement blessée à l’hôpital, a choqué des agents sur place, qui lui ont apporté les premiers soins. Question de délai d’intervention. Dimanche déjà, des voix s’étonnaient du fait que les premiers secours – les sapeurs pompiers français – ont mis près de trente minutes pour arriver sur place, convaincues qu’une ambulance genevoise aurait été plus rapide. Le médecin, lui, est arrivé après trente-quatre minutes.

L’ancien ambulancier de l’hélicoptère des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) Jean-Jacques Steiner, retraité depuis deux ans, a par exemple été surpris. Tout en rendant hommage au professionnalisme des pompiers, il admet qu’une ambulance du Service de sécurité de l’aéroport, tout proche de Thoiry, aurait «mis cinq à six minutes pour arriver sur les lieux. Des véhicules étaient-ils disponibles cette nuit-là? Sans le savoir, impossible de juger.»

Une pratique qui diffère

Marc Niquille, responsable de l’Unité d’urgences préhospitalières et de réanimation des HUG, indique qu’une ambulance était disponible sur la Rive droite. Mais cela ne signifie pas, selon lui, qu’une mauvaise décision a été prise cette nuit-là; il répète que la procédure a été respectée. «Il faut remettre les choses à leur place. Le contexte d’intervention était particulier, parce qu’il s’agissait d’une course-poursuite, qu’il y avait de possibles dangers résiduels et un délit actif – deux suspects potentiellement armés partis à pied, qui avaient déjà fait preuve de violence (ndlr: un véhicule de police heurté à la douane de Chavannes-de-Bogis). Il y a des contraintes liées à cela. Lors de ce type d’accident, la police appelle sa centrale, qui nous fait suivre l’information.»

Ce matin-là, selon nos renseignements, les policiers auraient aussi appelé eux-mêmes le 144. «C’est vrai. Ils ont téléphoné chez nous. Mais puisque l’accident a eu lieu en territoire français, nous ne pouvions en aucun cas faire intrusion. Le 144 a immédiatement pris contact avec la centrale du SAMU français. Ils avaient eu l’information, qui était remontée par les agents français, et des moyens étaient déjà engagés.» Dès lors, comme le veut la procédure, une coordination entre les services de part et d’autre de la frontière a lieu pour «juger de la disponibilité de chacun. Si les Français estiment être en carence de ressources, ils demandent l’aide de la Suisse. Au vu des éléments disponibles, le SAMU a jugé pouvoir poursuivre son travail sans cette aide. Cela peut être critiqué aujourd’hui, avec les connaissances que l’on a de l’affaire, mais à ce moment-là, il fallait prendre une décision en situation d’incertitude.»

Marc Niquille précise que si les Genevois peuvent envoyer une ambulance sur demande de la France, il n’existe pas de convention sur l’engagement d’ambulances entre les deux pays mais uniquement sur l’engagement du SMUR (ndlr: un véhicule léger avec un médecin qui rejoint une ambulance). «Nous avons cinq à six demandes par an. Ce n’est jamais le cas, par contre, dans le sens inverse. Pour ce qui est de l’engagement d’ambulances, c’est exceptionnel.»

Des améliorations en vue?

Si aucune convention n’existe concernant ce type de véhicules, c’est que la pratique professionnelle diffère. «Contrairement à la France, les ambulanciers suisses peuvent prendre un certain nombre d’initiatives et sont autorisés à faire des gestes que ne peuvent pas pratiquer leurs homologues français. Dès lors, le cadre légal est trop divergent pour fixer une convention. En Suisse, le système repose sur les ambulanciers, qui effectuent 85% des interventions. Le SMUR n’est appelé qu’en cas d’urgence vitale grave.»

Quoi qu’il en soit, si l’accident avait eu lieu en Suisse, les secours seraient-ils arrivés plus rapidement? «La logique d’intervention sur le territoire est différente, pour des raisons propres à la France. Les normes de délais ne sont peut-être pas les mêmes, mais ce n’est pas mon rôle de me prononcer là-dessus.» Le but du responsable urgentiste, aujourd’hui? «Améliorer le système d’intervention régional. Je ne vais pas polémiquer sur le fait de savoir si le SAMU aurait dû nous appeler. Par contre, on entend les doléances émises par les policiers qui, il est vrai, ont vécu une expérience traumatisante. S’il existe des pistes d’amélioration, on les suivra, en toute confiance avec les Français.»

Marc Niquille indique qu’il prendra l’initiative de réunir «tout le monde autour de la table pour décortiquer cet événement». Cette affaire a-t-elle donc le mérite de révéler qu’il y a des améliorations à apporter? «C’est toujours le cas dans le monde de l’urgence! Nous sommes dans un processus permanent d’amélioration de la qualité. Tous les jours, sur toute intervention difficile, on analyse ce qui a fonctionné ou moins bien fonctionné. Mais avant une analyse détaillée, personne ne peut décréter qu’un mauvais travail a été fait.»

À noter que cette intervention a nécessité l’engagement de plusieurs patrouilles vaudoises et genevoises. Une cellule de soutien psychologique a été mise à disposition du personnel impliqué. Le pronostic vital de la gendarme n’est pas engagé. Hier, la préfecture de l’Ain n’a pas pu donner suite à notre sollicitation. (TDG)