Le lieu du braquage survenu en 2013 à Thônex.

«On comprend mieux pourquoi des délinquants viennent en Suisse»

Procès à Lyon: Au lendemain du procès du braquage de Thônex, l’avocat des policiers commente le verdict.

La justice française n’y est pas allée de main morte dans l’affaire du braquage du bureau de change Migros, le 2 novembre 2013 à Thônex. Après quatre jours de procès la semaine dernière, deux accusés ont écopé de 10 ans de prison et un troisième homme a été condamné à 8 ans. Durant le procès, qui s’est tenu à Lyon, le trio, arrêté en France, visait l’acquittement. Selon la défense, aucun témoignage, image vidéo ou trace scientifique ne pouvait identifier les accusés formellement sous les cagoules et les lunettes de ski.

La Cour d’assises estime néanmoins qu’ils ont pris part à un hold-up aussi spectaculaire que raté. Après avoir défoncé la devanture du bureau à l’aide d’un véhicule volé, les malfrats ont échangé des coups de feu avec deux policiers avant de s’enfuir. Les fonctionnaires genevois étaient représentés par Me Robert Assaël, qui témoigne.

Qu’avez-vous plaidé durant le procès?

J’ai mis en évidence l’extrême violence de ce braquage commis avec une kalachnikov, un pistolet, une grenade à fragmentation, des torches et une voiture bélier. J’ai relevé le professionnalisme et la détermination des braqueurs. Ils ont fait de nombreux repérages et choisi de frapper un jour où il y avait beaucoup d’argent dans le change. Ils avaient notamment des combinaisons et des cagoules et bénéficiaient d’une base arrière en France, proche de la frontière. Ils travaillaient sans natel pour ne pas être localisés. Mais malgré cela, il y avait de nombreux indices concordants démontrant leur culpabilité, en particulier quant à la téléphonie et à l’ADN. Les enquêtes de police ont été remarquables.

Que pensez-vous des peines infligées, sachant que le quatrième suspect arrêté, en Suisse, a écopé à Genève de 5 ans de prison?

En procédure pénale, les victimes ne sont pas habilitées à s’exprimer sur les peines. Je ne le ferai donc pas ici. Je constate seulement que quatre braqueurs ont été jugés: un en Suisse en 2016 et trois par la Cour d’assises à Lyon la semaine passée. Le premier, qui avait pourtant le casier judiciaire le plus chargé, a écopé d’une peine, complémentaire à une précédente condamnation, nettement plus basse que celles infligées par les juges français. On comprend dès lors mieux pourquoi certains délinquants viennent en Suisse commettre des méfaits.

Six ans plus tard, comment se portent les policiers que vous défendez dans cette procédure?

Les policiers sont intervenus très rapidement et avec un grand professionnalisme, au péril de leur vie. Leur courage et leur maîtrise ont été exemplaires. Grâce à eux, il n’y a pas eu d’issue fatale et le hold-up n’a pas abouti. Ils ont été bien sûr marqués par cette agression hors norme. On le serait à moins. Dans un but pédagogique, ils veulent partager cette expérience avec d’autres. (TDG)