Le soir, il ne reste parfois qu’une seule patrouille de police pour tout
le canton de Genève.

MALAISE À POLICE SECOURS

Depuis le début de l’année, plus de mille réquisitions n’ont pas pu être assurées par la police, faute d’effectifs, surtout la nuit.

Le constat est inquiétant. Depuis le début de l’année, plus de mille réquisitions n’ont pas été assurées par la police genevoise. Soit, en moyenne et selon plusieurs sources, environ quinze interventions quotidiennes, surtout la nuit, selon un rapport rédigé cet été.

Dans le langage courant, les réquisitions, ce sont les appels au 117, qui ne peuvent donc pas être tous traités. «Une dame a appelé une nuit car il y avait un individu dans son jardin. Aucune patrouille n’a pu se rendre sur place», confie une source.

Faute d’effectifs, des postes affichent portes closes en début de soirée. «Cet été, il a fallu fermer le poste des Pâquis, l’un des deux sur Genève à être normalement ouverts 24 h sur 24», constate Marc Baudat, président de l’Union du personnel du corps de police (UPCP). «Certains soirs, la centrale demande aux patrouilles de ne prendre aucune initiative sur certains secteurs car il n’y a plus de personnel de réserve», ajoute un policier.

Le manque de forces touche essentiellement le silo «police secours». Mais pas seulement. L’impact est répercuté sur d’autres services comme la police de proximité, mais également la police judiciaire. Alarmante, la situation a aussi des conséquences sur les enquêtes de police destinées au Ministère public. «Elles manquent de plus en plus souvent de précision», assure un magistrat.

Rapport rédigé

Un rapport sur la problématique a été rédigé par un haut cadre de la police qui dénonce la situation. «Nous sommes très inquiets, évidemment. La population ne peut plus jouir d’un service de qualité, et nos collègues sont en danger», analyse Alyssa Corazzi, vice-présidente du Syndicat de la police judiciaire (SPJ).

Membre du comité du SPJ, Michael Berker pointe du doigt la nouvelle loi sur la police, portée par le conseiller d’État Pierre Maudet et entrée en vigueur l’an dernier: «Nous avions tiré la sonnette d’alarme avant le vote. Aujourd’hui, on constate bel et bien une multiplication des états-majors et moins de personnel sur le terrain. À une époque où tous les effectifs policiers et les mesures de sécurité se renforcent en Europe pour faire face à de nouveaux défis et de nouvelles menaces comme le terrorisme, ici à Genève, nous ne sommes même plus capables d’assurer des réquisitions de sécurité publique.» À l’UPCP, Marc Baudat fait remarquer que l’on savait la nouvelle loi «très énergivore en termes d’effectifs»: il faudrait 400 policiers supplémentaires, selon lui.

Pas de péril en la demeure

La commandante de la police, Monica Bonfanti, tient à planter le décor. Elle fait remarquer que les réquisitions ont baissé de 11,2% entre 2015 et 2016. «Sur les 73 175 réquisitions de l’an dernier, près de la moitié concernait du bruit, des conflits ou des affaires de circulation», poursuit-elle, ajoutant que «toutes les réquisitions concernant une mise en danger grave ont été assurées». Selon la commandante, la nouvelle loi sur la police n’a pas d’effet négatif sur la disponibilité des effectifs. Actuellement, la direction travaille sur l’amélioration de la conduite entre police secours et la centrale du 117, «en développant de meilleurs outils de pilotage. Police secours travaille aussi sur une amélioration de la structure des patrouilles, notamment la nuit, pour disposer d’une réserve opérationnelle et ceci dans une vision transverse des services.»

La problématique des effectifs, le «malaise» persistant à la police, la militarisation de cette dernière, vont être portés sur le devant de la scène politique, via des questions écrites déposées ces derniers jours au Parlement genevois par des députés de tous les horizons politiques. Un questionnaire lancé par la commission du personnel sur la perception des policiers de leur profession a été lancé. On espère connaître prochainement les résultats.  (Valérie Duby – Le Matin)