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Les policiers ont peur des courses-poursuites

La condamnation d’un policier genevois à un an de prison pour excès de vitesse inquiète la profession. La sécurité ne sera plus garantie, selon elle.

Les policiers suisses redoutent désormais de se lancer dans des courses-poursuites. Ils sont particulièrement refroidis depuis qu’un confrère genevois a été condamné mercredi à un an de prison avec sursis pour avoir roulé à 126 km/h dans une zone limitée à 50 alors qu’il était en intervention en février 2017. Il tentait, sirène et feu bleu enclenchés, d’intercepter des cambrioleurs dangereux. La justice a retenu le délit de chauffard contre l’agent.

Cette condamnation suscite de gros débats au sein de la police, explique vendredi dans «20 Minuten» le conseiller national Adrian Wüthrich (PS/BE), président de l’Association bernoise des policiers. Les agents ont désormais peur de se retrouver eux-mêmes en prison s’ils poursuivent l’auteur d’un crime. «Certains réfléchissent donc à la question de se lancer ou non dans une course-poursuite», souligne-t-il.

La conseillère nationale UDC Andrea Geissbühler, elle-même policière de formation, estime que les agents ont un «demi-pied en prison». «Aujourd’hui, vous vous demandez déjà s’il faut intervenir lorsque vous attrapez des criminels. Maintenant, cette question se pose aussi dans le cadre des courses-poursuites».

Sécurité plus garantie?

La Fédération suisse des fonctionnaires de police (FSFP) critique elle aussi le jugement. «Si cette pratique continue, les policiers seront dissuadés de faire leur travail correctement», souligne la présidente, Johanna Bundi Ryser. Elle s’en prend aussi aux tribunaux qui ne pratiqueraient pas de manière égale le principe de proportionnalité. Nos agents évaluent de manière responsable et au cas par cas, si une infraction à la vitesse est appropriée, défend-elle.

Johanna Bundi Ryser appelle donc à repenser la loi sur la circulation routière afin que les policiers en exercice soient protégés. Andrea Geissbühler renchérit: «Sinon, la sécurité publique ne serait plus garantie.»

Autre son de cloche, toutefois, du conseiller national socialiste Thomas Hardegger, qui défend le système actuel. «La loi fait prendre conscience aux agents qu’ils n’ont pas le droit de circuler librement partout», estime-t-il. Selon lui, les juges sont parfaitement en mesure d’évaluer la proportionnalité des infractions en matière de vitesse, même parmi les policiers. Il va plus loin: «Les policiers n’ont pas à mettre en danger d’autres personnes en roulant à 120 dans des zones à 50 km/h pour une infraction mineure.»

(20Min)