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Les hoquets de la locomotive Maudet

Flanqué de colistiers un peu ternes, le magistrat sortant sera la locomotive du PLR aux élections de 2018. Mais son bilan, son côté «perso» et ses manières autoritaires font grincer des dents.

La campagne électorale genevoise est lancée. Tout indique que le match se jouera entre le PS et le PLR, seuls partis à afficher leurs ambitions de (re) conquête: un deuxième siège au Conseil d’Etat pour les socialistes, un troisième pour les libéraux-radicaux.

En choisissant Sandrine Salerno et Thierry Apothéloz pour accompagner la sortante Anne Emery-Torracinta, le PS cible les sièges les plus vulnérables, ceux de Serge Dal Busco (finances) et de Mauro Poggia (action sociale et santé). Mais si la lecture de la stratégie socialiste est claire, elle est moins évidente du côté du PLR à l’approche de l’assemblée qui déterminera ses choix le 15 juin.

Morel, candidature mort-née

A ce jour, trois personnalités ont fait part de leur intérêt pour le Conseil d’Etat en dehors du sortant Pierre Maudet. Appréciés au sein du parti, Nathalie Fontanet et Alexandre de Senarclens sont des candidats logiques. Plus surprenante est la candidature du docteur Philippe Morel. Ce dissident PDC est vu en interne comme une personnalité hors du sérail, incontrôlable et individualiste. A preuve ses déboires dans son ancien parti. Sans soutien réel dans sa nouvelle formation, sa candidature paraît mort-née. C’est certainement avec une liste à trois que le PLR partira au combat.

« On accuse le magistrat de ne pas assez se mouiller pour les élections à venir, privilégiant son agenda personnel« 

Mais contrairement au PS, qui a fait le choix de candidats bien profilés, au bénéfice d’une longue expérience dans des exécutifs municipaux, les nouveaux candidats PLR manquent de pratique et d’un profil affirmé. La campagne du parti devra donc être portée par sa locomotive Pierre Maudet, qui revendique la présidence du gouvernement.

Côté donneur de leçons

Surdoué de la politique, le plus jeune conseiller d’Etat de l’histoire du canton, Pierre Maudet sait tirer les ficelles et asseoir ses succès grâce à une communication maîtrisée. Sécurité rétablie, nouvelles lois sur les taxis, sur la restauration et les débits de boissons ou encore renforcement du contrôle paritaire des entreprises (dumping salarial, travail au noir…) peuvent être portés à son actif.

En coulisses cependant, certaines dents grincent. On accuse le magistrat de ne pas assez se mouiller pour les élections à venir, privilégiant son agenda personnel. On entend aussi que son entente avec ses deux collègues PDC, Serge Dal Busco et Luc Barthassat, est loin d’être idyllique. Son côté donneur de leçons agace et l’analyse de son bilan n’est pas, pour les initiés, aussi étincelante que cela.

Ses réformes restent technocratiques (par exemple la loi sur les débits de boissons, avec son accumulation d’autorisations) et ne soulèvent pas l’enthousiasme des professionnels concernés (loi sur les taxis). Sur le contrôle du marché du travail, le succès doit plus à la volonté des partenaires sociaux qu’à son action propre – même s’il s’en attribue les mérites.

Commerçants, médecins, policiers…

Bon nombre de commerçants ont peu apprécié son opposition à l’ouverture des magasins quatre dimanches par an. Dans le domaine sécuritaire, son apport à la loi sur le secret médical en milieu carcéral n’enchante guère les professionnels de la santé. Enfin, ses relations avec les syndicats de police, qui ne font plus confiance à leur magistrat de tutelle, sont toujours plus tumultueuses.

Si sa réélection n’est pas menacée, vu ses qualités et son charisme, elle risque néanmoins d’être moins brillante qu’en 2012 ou 2013. L’effet de renouveau est passé. Son mode autoritaire et sa manière de tout tirer à lui pourraient agir en défaveur de ses colistiers. La locomotive n’est plus en mode TGV.

Dans le match PS-PLR annoncé, on donnera donc en ce début de campagne un léger avantage stratégique au Parti socialiste. Même si, à douze mois des élections, rien n’est encore joué et que le PS a lui aussi des problèmes internes à régler.

https://www.letemps.ch/opinions/2017/05/29/hoquets-locomotive-maudet