Le soir, il ne reste parfois qu’une seule patrouille de police pour tout
le canton de Genève.

Les députés s’inquiètent pour la police

Genève Des élus au Grand Conseil s’interrogent sur «l’état de santé» de la corporation. La commission du personnel de la police, elle, dénonce. Le soir, il ne reste parfois qu’une seule patrouille de police pour tout le canton de Genève.

«Mais comment va la police genevoise?» C’est le titre de l’une des questions écrites urgentes, déposées lors de la dernière séance du Grand Conseil genevois. Signée par le député Jean Batou (Ensemble à gauche), cette question est à la fois simple et compliquée. Une certitude: l’état de santé de la corporation semble inquiéter les parlementaires. Huit d’entre eux issus de cinq groupes politiques (sauf le PLR et le PDC) ont déposé quinze questions en tout. Les sujets d’interrogation? Ils se recoupent, allant du coût de la formation à l’École de police de Savatan (VS) et de son surcoût pour Genève, à la «militarisation» de la corporation, en passant par les résultats d’un test sur le métier ou l’attractivité des grades.

Boris Calame, député Vert, parle de «malaise au sein de la police judiciaire»: «C’est effrayant de constater le pourrissement de cette situation où le relationnel entre l’employeur et ses employés est devenu inexistant. La confiance semble bel et bien rompue. (…)» On l’aura compris entre les lignes, c’est le magistrat PLR Pierre Maudet qui se trouve en ce moment dans le viseur des députés, lui qui a porté à bout de bras cette nouvelle loi sur la police votée en 2015 et qui, selon le MCG François Baertschi, «fait de gros dégâts avec son système en silos». Ancien policier, Patrick Lussi (UDC) enfonce le clou, évoquant «les dysfonctionnements induits par la nouvelle loi».

Parmi ces «dysfonctionnements», des réquisitions au 117 qui ne peuvent pas être assurées – entre 10 et 15 par jour –, surtout la nuit (lire «Le Matin» de vendredi dernier). La hiérarchie de la police se veut rassurante et entend démontrer que seules des interventions de peu d’importance, somme toute (bruit ou véhicule gênant, par exemple), n’ont pas pu être assurées cet été. Un problème «récurrent» d’ailleurs, un tiers de l’effectif étant en vacances l’été, à une période où le volume des réquisitions augmente. «Le budget 2018 prévoit l’engagement de 31 policiers supplémentaires», fait savoir la commandante de la police, Monica Bonfanti, précisant que Police secours et ses 408 collaborateurs sont le service comptant le plus de personnel, hormis la police judiciaire.

Alors quoi? Doit-on faire face à une vue de l’esprit? Un complot syndical et/ou politique à quelques mois des élections de l’an prochain? Une chose est sûre: la commission du personnel de la police a déjà interpellé à plusieurs reprises la hiérarchie et le département au sujet des effectifs à Police secours. «Bien loin d’être un problème anodin, la situation actuelle s’est tellement détériorée que ce sont des interventions urgentes, la journée comme la nuit, la semaine comme le week-end, qui ne peuvent plus être assurées», relate la commission, dans un communiqué interne daté de vendredi dernier.

Selon le document, il ne reste bien souvent qu’une seule patrouille de disponible sur tout le canton et «l’agent de terrain doit choisir entre traiter les affaires avec sérieux ou garantir les prochaines interventions». La commission conseille d’ailleurs aux policiers «de ne pas prendre de risques inconsidérés en intervenant seuls sur des situations dangereuses lorsque les renforts sont inexistants». (Le Matin, VALÉRIE DUBY – valerie.duby@lematin.ch)