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Le taux d’absentéisme explose à la prison genevoise de Champ-Dollon

L’absentéisme des gardiens à la prison genevoise de Champ-Dollon oscille depuis des mois autour de 13%, a appris la RTS. Ce ne sont plus les détenus en surnombre qui en sont à l’origine, mais la loi entrée en vigueur en 2017.

Au plus fort de la surpopulation carcérale en 2014, lorsque Champ-Dollon vivait sous haute tension avec près de 900 prisonniers, le taux d’absentéisme des gardiens plafonnait à 8,7%, soit près de cinq points de moins qu’aujourd’hui. Et depuis, le nombre de prisonniers a été réduit de près d’un tiers dans la plus grande prison de Suisse.

Les conséquences de la nouvelle loi

Le mal-être actuel des gardiens se traduit essentiellement par une augmentation des maladies et des burn-out. Cet absentéisme a atteint un pic à 17,2% en novembre dernier. En cause: les attaques sur les acquis sociaux et professionnels, avec notamment l’entrée en vigueur en mars 2017 de la nouvelle loi et de son règlement sur l’organisation des établissements et le statut du personnel pénitentiaire.

Cette réforme voulue par le conseiller d’Etat Pierre Maudet est jugée déconnectée des besoins du terrain. Nicolas Allaz, représentant syndical des agents de détention, déplore que l’aspect opérationnel ait été mis en retrait au profit de questions beaucoup plus théoriques. « On parle de projets formatifs, de réinsertion, de plein de modes de fonctionnement qui sont sans doute très intéressants mais qui demandent des moyens énormes. Et la grande absente de cette équation, c’est la bulle sécuritaire que l’on veut mettre autour. »

Les gardiens évoquent aussi un manque de considération. Ce qu’ils appellent « l’éviction » par Pierre Maudet de leur ancien directeur Constantin Franziskakis dès mai 2017 n’a pas arrangé les choses. Le Département de la sécurité avait voulu sanctionner les gardiens qui s’étaient massivement mobilisés en soutien à leur chef.

Situation particulière à Champ-Dollon

Les établissements genevois plus récents de La Brenaz et de Curabilis connaissent apparemment moins de difficultés. C’est par absence de recul estime Nicolas Allaz, qui relève aussi les tensions propres au gardien d’une prison comme Champ-Dollon. « Je vous laisse imaginer le stress d’ouvrir une cellule avec six personnes à l’intérieur. Quand on entre dans une cellule où la personne est seule (…) il y a beaucoup moins d’inconnues. »

Mais c’est surtout la « méthode Maudet » qui semble pointée du doigt par des gardiens qui ont le sentiment de ne pas être entendus. « A la place d’être à l’écoute et d’arrondir les angles, on se retrouve sur la politique du coup de bâton », ajoute le représentant syndical.

Contacté par la RTS dimanche après-midi, le porte-parole de l’Office genevois de la détention Laurent Forestier n’avait pas encore répondu lundi matin. Un rapport parlementaire abordant ces différents problèmes est par ailleurs attendu, mais sa publication a été reportée après les élections cantonales.

Le conseiller d’Etat Pierre Maudet, quant à lui, a présenté lundi après-midi le bilan 2017 en matière de politique carcérale.

Laetitia Guinand/oang (RTS)