MO

«La criminalité s’est endurcie et aguerrie»

Genève: Pour les représentants syndicaux, ce que vivent les policiers est en totale rupture avec le discours de l’état-major et les chiffres de la criminalité en 2018.

Si, globalement, les infractions au Code pénal à Genève ont diminué en 2018 et poursuivent même une baisse régulière depuis près de dix ans, les syndicats de police ont une autre lecture des chiffres de la criminalité présentés ce matin par la direction de la police genevoise. Selon eux, sur le terrain, les choses s’aggravent.

«De toute évidence, il y a une rupture totale entre ce que vivent les policiers sur le terrain et la présentation qui en est faite par l’état-major!» Marc Baudat, président de l’UPCP (Union du personnel du corps de police), n’y va pas par quatre chemins. «Nos conditions de travail sont difficiles et il y a toujours moins de policiers dans la rue, notamment le week-end. Je rappelle, par exemple, qu’une motion a été déposée au Grand Conseil en novembre 2017 afin que les services de «Police Secours» retrouvent des effectifs dignes de ce nom.»

«Ces chiffres sont inquiétants»

Vice-président du Syndicat de la police judiciaire (SPJ), Michael Berker s’étonne lui aussi: «On nous parle de stabilité? Est-ce une manière de décrire la hausse des infractions à l’intégrité corporelle et à l’intégrité sexuelle, la recrudescence des violences infligées aux femmes, l’explosion des menaces, des contraintes, des séquestrations et des enlèvements, l’augmentation des actes sexuels sur les enfants, des incendies intentionnels et des brigandages? Nous, nous trouvons ces chiffres plutôt inquiétants, surtout pour une petite ville comme Genève.»

La LPol montrée du doigt

Selon Michael Berker, «au-delà des statistiques et du ton rassurant de la direction de la police, la réalité du terrain nous préoccupe. Ce que nous y voyons, c’est que la criminalité s’est endurcie et aguerrie. Les délinquants sont de plus en plus ambitieux, de plus en plus violents et de mieux en mieux renseignés sur les méthodes d’investigation et d’intervention de la police. Les défis augmentent, mais sommes-nous à la hauteur pour les relever? Non, de toute évidence. Nos citoyens méritent mieux. Il est donc urgent de redonner aux policiers les moyens de mener à bien leurs missions, de rendre le métier à nouveau attractif pour recruter les meilleurs candidats possible et pouvoir à nouveau compter sur des effectifs suffisants et surtout bien formés, puis bien encadrés. En d’autres termes, retrouver le niveau d’excellence que nous avons connu avant la LPol.»

Cette Loi sur la police mise en place par Pierre Maudet, et que les Genevois ont votée du bout des lèvres en mars 2015, les deux représentants des syndicats la fustigent. «C’est un échec total, estime Marc Baudat. On espère que le changement de magistrat chargé de la police au sein du Conseil d’État permettra de changer quelque chose.» (TDG)