Treize collaborateurs de Champ-Dollon sont sanctionnés pour avoir manifesté sans autorisation le 4 février dernier.

Geôliers punis après avoir soutenu leur directeur

Genève: L’avocat des gardiens et leur syndicat dénoncent une sanction politique.

Le couperet est tombé pour les gardiens qui ont protesté le 4 février contre le déplacement du directeur de la prison de Champ-Dollon. Treize collaborateurs sont sanctionnés pour avoir manifesté sans autorisation. Ils ont reçu une amende de 650 francs chacun du Service des contraventions, chapeauté par la police. Pour leur avocat et leur syndicat, il s’agit d’une sanction politique de Pierre Maudet, chef du Département de la sécurité et de l’économie (DSE).

A l’époque, l’annonce du départ de Constantin Franziskakis avait mis le feu aux poudres. Il était perçu comme un rempart face à une direction générale de l’Office cantonal de la détention (OCD) critiquée pour sa gestion du secteur pénitentiaire.

Une soixantaine de gardiens s’étaient alors rassemblés devant Champ-Dollon en déployant des banderoles. L’affaire n’en est pas restée là. Des entretiens de service ont eu lieu. Les procédures administratives ont finalement été abandonnées, mais des ordonnances pénales ont été infligées.

«Le DSE n’a vraiment pas peur du ridicule: non seulement il a engagé une absurde procédure disciplinaire, qui ne pouvait que terminer dans le mur, contre treize gardiens qui avaient seulement exprimé leur sympathie au directeur qui s’en allait, mais pire encore, il a été demandé au Service des contraventions de les punir, critique Me Robert Assaël, défenseur des gardiens. C’est assurément une sanction politique, bien maladroite!»

L’affaire fait bondir le président de l’Union du personnel du corps de police (UPCP), Marc Baudat: «Cette décision est choquante car absolument injustifiée. C’était un rassemblement spontané. Les gens n’ont pas entravé la circulation des véhicules ni des personnes. Et ils n’ont pas caché leur identité.» Lui aussi dénonce «une décision exclusivement politique». Il promet que toutes les ordonnances pénales seront contestées jusqu’au Tribunal de police.

Le cas du syndicaliste Nicolas Allaz, qui avait critiqué dans les médias le fonctionnement de l’OCD, reste quant à lui en suspens.

La police rappelle de son côté la loi: «La manifestation s’est déroulée sur la voie publique en l’absence d’autorisation, ou de demande d’autorisation.» Elle était «donc de fait illégale». Seules les personnes identifiées sur les lieux de la manifestation ont été sanctionnées, précise-t-on. Quant au DSE, sa chargée de communication Emmanuelle Lo Verso répond aux critiques: «La loi s’applique à tous de la même manière. Dès lors que la manifestation était illégale, il est normal que les procédures suivent leur cours, comme pour n’importe quel autre justiciable.» Et d’insister: «Le DSE n’a pas à décider qui doit être «puni» ou non, c’est la loi qui le prévoit.»

En 2015, quinze agents de sécurité publique ont été condamnés à des amendes pour avoir manifesté armés et masqués devant les bureaux de Pierre Maudet.

Autre époque, autre réponse apportée: en 2008, 80 gardiens avaient bloqué l’accès à Champ-Dollon pour dénoncer leurs conditions de travail. Ils n’avaient pas été sanctionnés. (TDG)