pages_10_11_Le_Matin_2017-10-12

ET MAINTENANT, QUI VA PAYER ?

SÉCURITÉ: Le député Pierre Gauthier demande au gouvernement genevois de s’expliquer sur les coûts liés aux forces de police qui ont encadré les Géantes.

Hallucinant». «Scandaleux». Les termes ne manquent pas dans les rangs de la police genevoise pour définir l’impressionnant déploiement des forces de l’ordre à l’occasion de la venue des deux Géantes à Genève, fin septembre. «On a été mobilisés sans congé de compensation», déplore un uniforme qui a dû travailler plus de dix jours d’affilée. «On nous rabâche les oreilles pour nous dire que nous devons faire des économies. Et là, pour deux marionnettes, on sort la grosse artillerie. Je ne comprends pas», ajoute un autre. Dans les rangs de la grande maison, l’on se demande qui va payer la facture pour les 1500 policiers mobilisés, de Genève à Fribourg en passant par le Valais, Vaud et Jura. Sans oublier le coût de l’hélicoptère de l’armée qui a survolé Genève trois jours durant et des policiers municipaux qui, pour la première fois à Genève, ont été subordonnés directement à la po- lice cantonale au vu de la nature «exceptionnelle» de l’événement.

Le député genevois et président du Parti radical de gauche, Pierre Gauthier, a les mêmes interro- gations que la police. Il ne veut en aucun cas entrer dans le débat du «c’était formidable» ou «c’était nul». Mais il s’interroge en déposant, aujourd’hui même, une question écrite au Grand Conseil. «Je demande quel a été le coût du déploiement des diverses forces de sécurité cantonales et quelle est la part supportée par le canton», indique le politicien. Autre interrogation: une partie de ces coûts sera- t-elle supportée par les organisateurs (la Ville de Genève et le Théâtre de Carouge)? Pour Pierre Gauthier, le dispositif sécuritaire mis sur pied était «très largement dimensionné, comme si une menace terroriste avait été clairement identifiée, mettant en danger les spectateurs de cette manifestation populaire» qui a, selon les chiffres livrés par la police et les organisateurs, attiré 850 000 personnes. «Si tel est le cas, alors je pense que les Genevois ont le droit de savoir», poursuit-il.

Aucune alerte terroriste n’a, d’après nos informations, été identifiée. Mais le risque d’at- tentat en Suisse reste «élevé».

Gratuité partielle ou totale

«Le Matin» a voulu connaître le prix de la facture sécuritaire. L’Association pour la venue des Géants à Genève nous a renvoyés à la police. Au service de presse de celle-ci, Silvain Guillaume-Gentil explique que l’on est en train de faire les comptes et que «tous les chiffres ne sont pas encore parvenus au Département de la sécurité et de l’économie». En attendant, on peut tenter une estimation. Si l’on se base sur le match de la Coupe de Suisse de football qui a eu lieu à Genève le 25 mai, on sait que les coûts liés à la sécurité se sont élevés à plus de 400 000 francs pour une seule journée. À noter que les salaires des policiers genevois ne seront pas comptabilisés et que le prix sera composé du surplus des heures supplémentaires ainsi que du coût de policiers extra-cantonaux venus en renfort. «Dans le cas des Géantes, cela va avoisiner le million», prédit un haut fonctionnaire. Sans parler de l’ardoise des TPG. On est bien au-delà des 2,2 millions annoncés par les organisateurs. La «douloureuse» sera bel et bien envoyée à ces derniers. Mais ceux-ci peuvent toutefois demander la gratuité partielle, ou totale, de la facture… Une sorte de prix d’amis entre collectivités publiques. En tout cas, le Conseil d’État genevois devra répondre aux interrogations de Pierre Gauthier lors de la prochaine session du Grand Conseil le mois prochain.

Le Matin: Valérie DUBY