Image: L. Guiraud

Émoi à la RTS autour d’un possible conflit d’intérêts

Service public: Un membre d’une société qui chapeaute le média s’est inquiété du contenu de plusieurs articles. Sa charte le lui interdit pourtant.

Tension à la RTS. Un membre de la RTSR, une société qui chapeaute les chaînes de service public en Suisse romande, est intervenu auprès d’une rédaction du groupe pour critiquer le contenu journalistique d’un article lié à l’affaire Maudet. Des sources évoquent une violation des statuts de la RTSR et un conflit d’intérêts.

Dans un e-mail adressé au début de juin au directeur de la RTS, Pascal Crittin, un membre de la RTSR s’inquiète au sujet d’un article, publié quelques heures plus tôt, consacré au chef de cabinet de Pierre Maudet. Le membre de la RTSR demande un travail journalistique objectif qui ne doit pas «laisser entendre ou encore avancer des scenarii qui sont tout simplement faux». Il dresse une liste de quatre «faux éléments».

Le membre de la RTSR, du Comité régional plus précisément, est aussi «senior consultant» au sein du Cabinet Privé de Conseils SA, un bureau de communication important à Genève, notamment sur le front politique. Contactée, l’auteure de l’article ne souhaite pas faire de commentaire. Selon une source, elle admettrait une erreur dans sa publication, qui a été corrigée, mais contesterait vigoureusement les trois autres. Selon l’article 12 alinéa 5 de ses statuts, la RTSR «ne donne pas d’instructions sur les affaires courantes du programme» des médias de service public.

«Ligne rouge franchie»

Rebelote pourtant à la fin de juin. Dans un e-mail à propos d’un autre article lié à l’affaire Maudet (un courrier que s’est aussi procuré la «Tribune de Genève»), la rédaction en chef de la RTS indique «qu’une personne membre de la RTSR» est intervenue car il y aurait eu des erreurs.

«Le service public devrait être intraitable pour garantir la séparation entre pouvoir politique et indépendance des médias. Une ligne rouge a été franchie, cette histoire met en danger le rapport de confiance entre la population et les médias», estime Valérie Perrin, du Syndicat suisse des mass media. «Quelque mois après la votation de «No Billag», c’est d’autant plus consternant.»

«Si c’est une pratique générale, les responsables de la radio-TV doivent la faire cesser immédiatement», estime Carlo Sommaruga, conseiller national socialiste.

Au sein de la RTSR, le Comité régional joue un rôle central. Composé de neuf membres, il répartit les moyens financiers entre les chaînes et fixe les concepts de programme de la RTS dans le cadre des consignes stratégiques de la SSR. Son président siège également au conseil d’administration de la SSR. Cette structure a auditionné l’an dernier les candidats à la direction de la RTS avant de proposer Pascal Crittin pour ce poste au conseil d’administration de la SSR. Les séances du Comité régional avec la direction de la RTS sont mensuelles.

«Je ne donne aucune instruction aux rédactions»

L’auteur des e-mails dit n’avoir aucun mandat de Pierre Maudet ou de ses équipes. Mais il admet avec reçu un coup de téléphone d’une personne choquée par le contenu de l’article, juste après sa parution, ce qui l’a amené à s’en inquiéter auprès de Pascal Crittin. «Si j’ai dépassé les lignes? Je ne pense pas», estime-t-il.

Directeur de la RTS, Pascal Crittin est catégorique: «Je discute des affaires courantes avec le Comité régional, mais je ne reçois jamais d’instruction dans le domaine du programme et je n’en donne aucune aux rédactions non plus, dit-il. La seule chose qui me préoccupe, c’est que nos rédactions travaillent librement et proposent un contenu de qualité, c’est une question de crédibilité.»

Selon les e-mails, les chefs de la journaliste incriminée lui ont demandé de s’expliquer. Une réunion pour faire le point, avec le directeur du département de l’actualité et une responsable RH, s’est tenue dans ce cadre la semaine dernière. Les articles n’ont pas été retirés du site de la RTS.

Selon ses statuts, la RTSR a «pour but l’ancrage de la SSR et de la RTS dans la société civile de la région, participe au développement de celles-ci et veille au respect du mandat de service public». Cette association vise à promouvoir «le débat public sur les principes et le développement de l’audiovisuel de service public». À servir l’intérêt public. (TDG)