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De l’huile sur le feu

Jeudi 20 avril 2017
Par: Rachad Armanios (Le Courrier)

https://www.lecourrier.ch/148712/de_l_huile_sur_le_feu

Au début du mois, on apprenait qu’une quinzaine de gardiens de la prison genevoise de Champ-Dollon étaient convoqués pour un entretien de service. Leur faute? Avoir manifesté devant la prison pour protester contre le départ forcé de leur chef, le très apprécié Constantin Franziskakis, en conflit notoire avec le chef de l’Office de la détention. Le plus tordu de l’histoire, c’est que M. Franziskakis, alors encore en poste à Champ-Dollon, a été lui-même chargé de remettre au pas ses employés l’ayant défendu.

Cette semaine, c’est une procédure administrative qui a été ouverte contre 162 policiers. Ils avaient, en octobre dernier, refusé de suivre une formation pour protester contre une directive sur leurs horaires qu’ils assimilent à du «travail sur appel». Les discussions sur la directive ont entretemps bien avancé. Ils ont donné des résultats réjouissants, à en croire le syndicat des policiers. Preuve selon lui de la légitimité des actions démarrées à l’automne. Intimider des employés plutôt que de les entendre? Tel est le climat dans le royaume de Pierre Maudet, le chef de la Sécurité. Le Cartel intersyndical de la fonction publique, lui, étend volontiers ce constat à l’ensemble du Conseil d’Etat.

A la décharge des autorités, les négociations avec la police ont toujours été très compliquées à Genève. Nombre de conseillers d’Etat, chargés de la Sécurité, se sont cassé les dents face à une police puissante et soudée, qui avait accumulé primes et privilèges.

Il n’empêche. Etre mobilisable quasi en tout temps pour répondre à l’inflation sécuritaire dont ces fonctionnaires ne sont pas responsables n’est pas acceptable. Surtout, le partenariat social impose une réelle concertation sur les conditions de travail. Pour éviter les grèves et la protestation, la criminalisation des actions n’est ni une réponse digne d’une démocratie ni efficace. Quand les autorités ne supportent plus d’être huées sur la place publique, ce n’est pas bon signe pour la démocratie.