Ecole de gendarmerie

De futurs policiers genevois dénoncent une baisse de salaire de 7000 francs

L’application de la nouvelle loi sur la police genevoise (Lpol) continue à déployer ses effets. En mal pour 41 aspirants policiers. Le texte provoque en effet un changement drastique des conditions d’embauche de ces futurs agents qui suivent actuellement leur formation à l’école de Savatan (VD). Fin 2017, ils avaient signé un contrat qui prévoyait la couverture des frais d’assu- rance maladie. Mais l’été dernier, les res- sources humaines leur annonçaient que ce n’était finalement plus le cas. Les agents s’exposent ainsi à devoir subir une perte moyenne de salaire de 7000 francs par an. Les lésés se sont regroupés pour faire va- loir leur droit. Leur avocat, Romain Jordan, a demandé des explications au Conseil d’État, vendredi dernier.

La perte financière inquiète. La manière de communiquer de l’administration tout autant. Les lésés pensaient être protégés par leur contrat. Le 19 juillet dernier, le direc- teur des ressources humaines de la police, Robert Tanner, le leur avait confirmé dans un courrier officiel. Mais cinq jours seule- ment plus tard, patatras. Le même chef de service rétropédalait dans un deuxième courrier officiel qui leur annonçait la sup- pression de ce privilège.

Explications:

La Lpol est une création de Pierre Mau- det. Le conseiller d’État PLR aujourd’hui sur la sellette était alors au sommet de sa puissance. Ce texte devait moderniser l’institution, bannir les privilèges. Les Ge- nevois ont accepté (par 54 voix d’écart) la loi dans les urnes, début 2015, malgré l’op- position des syndicats. Ils approuvaient ainsi la disparition de la couverture des frais d’assurance-maladie, prévue dans les conditions d’embauche du policier.

Le règlement d’application de la loi a pris son temps. En mai dernier, le Grand Conseil précisait que la suppression de ce privilège entrait en vigueur pour tous les policiers dès le 1er janvier 2019. Sauf ex- ception: notamment «les policiers ayant terminé au plus tard le 31 décembre de cette année l’école de police commencée en 2017», détaille l’article 67 de la loi, en- trée en vigueur en juillet dernier. Ces 41policiers ne sont pas concernés par cette exception. Ils ont bien commencé leur for- mation en 2017 mais ils ne la termineront qu’en 2019. Une fois en fonction, ils ne per- cevront donc pas l’indemnité forfaitaire de583 fr. 30 par mois pour les frais d’assu- rance, contrairement aux garanties qu’ils avaient reçues.

Romain Jordan explique que ces clients ressentent une profonde injustice. «Le res- pect de la parole donnée, c’est sacré», con- clut-il. Leur contrat prévoyait cette cou- verture. Au moment de leur engagement, le site Internet devenez.ch vantait cet avantage. «Certains d’entre eux avaient fait leur planification financière et projection de carrière pour le terme de leur formation en tenant compte légitimement de cet avantage», écrit le défenseur dans un avis de droit.

De son côté, le Syndicat de la police judi- ciaire (SPJ) est choqué par le procédé. «Beaucoup de ces jeunes auraient renoncé à s’engager s’ils avaient été informés comme il se doit. L’employeur leur a pro- mis des conditions d’engagement. Et après qu’ils ont commencé leur formation, cet employeur leur dit que ces conditions ont changé. Cette attitude n’est pas correcte», détaille Mike Berker, vice-président du SPJ. Les 41 victimes plaident le principe de bonne foi. L’État ne peut pas changer les conditions d’embauche en cours de route.

Le point du recrutement inquiète aussi. Des aspirants concernés disent ne pas pou- voir assumer cette perte de salaire; ils envi- sagent de changer de métier. Ce qui est ca- tastrophique, selon le SPJ. La police gene- voise connaît déjà un problème de recrute- ment lié à une perte d’attractivité à cause de la Lpol et de l’école de police de Savatan. «Mais nous sommes persuadés que la rai- son et la morale l’emporteront. Je veux croire que Mauro Poggia (ndlr: le rempla- çant de Pierre Maudet à la tête de la police)ne cautionnera pas le recours à de telles méthodes», affirme Mike Berker.

Pas certain que cette main tendue par le SPJ soit entendue. Contacté par «Le Matin Dimanche», le Département de la sécurité ne voit pas d’autre solution. «Le protocole d’accord a été dûment signé par toutes les parties concernées, il faut s’y conformer», conclut sa porte-parole, Emmanuelle Lo Verso.

(LMD)