Image: L. Guiraud

Enquêtrice sur la touche

Elle enquêtait sur l’affaire du voyage de Pierre Maudet à Abu Dhabi pour le compte de la Radio Télévision Suisse (RTS), mais elle n’a curieusement plus rien publié depuis le 18 septembre dernier. Laetitia Guinand, enquêtrice pour la radio romande, a-t-elle fait les frais de pressions en lien avec ses révélations sur un dossier sensible?

Dimanche, la NZZ am Sonntag relevait que la journaliste avait cessé d’écrire depuis plusieurs semaines et que sa coopération avec l’émission alémanique «Rundschau» avait également été interrompue. Selon nos informations, Mme Guinand est aujourd’hui en arrêt maladie et risque de perdre son statut d’enquêtrice.

En octobre, la Tribune de Genève révélait l’intervention directe, par courrier électronique, d’un membre du comité régional de la RTS, Eric Benjamin, auprès du directeur de la RTS, Pascal Crittin, afin de se plaindre des informations publiées sur l’affaire Maudet. A travers son bureau de communication, l’homme est lié au conseiller d’Etat genevois, avec lequel il s’affiche en photo sur les réseaux sociaux (notre édition du 10 octobre). Des pressions sur la rédaction de la RTS seraient également venues directement de Pierre Maudet et son équipe, ainsi que de la direction de l’aéroport de Genève, également concernée par des révélations, avec des menaces de plainte. Or rien ne permet de remettre en question le fond des enquêtes publiées par la chaîne.

«Pas protégée des pressions»

Face à ces interventions, à la fois internes et externes, comment les supérieurs de Laetitia Guinand ont-ils réagi? «L’employée ne s’est pas sentie protégée par sa hiérarchie, déplore Valérie Perrin, secrétaire syndicale au Syndicat suisse des mass media (SSM). Une journaliste d’investigation doit être épargnée de ces pressions pour pouvoir exercer son métier en toute indépendance, ce qui n’a pas été le cas. Au contraire, elle pourrait se voir retirer son poste d’enquêtrice. C’est d’autant plus problématique que la qualité de son travail d’enquête avait été relevé par sa hiérarchie avant cet épisode.» Le SSM a envoyé un courrier à la direction de la RTS, mais n’a pas obtenu de réponse satisfaisante.… Lire la suite...

Image: L. Guiraud

Émoi à la RTS autour d’un possible conflit d’intérêts

Service public: Un membre d’une société qui chapeaute le média s’est inquiété du contenu de plusieurs articles. Sa charte le lui interdit pourtant.

Tension à la RTS. Un membre de la RTSR, une société qui chapeaute les chaînes de service public en Suisse romande, est intervenu auprès d’une rédaction du groupe pour critiquer le contenu journalistique d’un article lié à l’affaire Maudet. Des sources évoquent une violation des statuts de la RTSR et un conflit d’intérêts.

Dans un e-mail adressé au début de juin au directeur de la RTS, Pascal Crittin, un membre de la RTSR s’inquiète au sujet d’un article, publié quelques heures plus tôt, consacré au chef de cabinet de Pierre Maudet. Le membre de la RTSR demande un travail journalistique objectif qui ne doit pas «laisser entendre ou encore avancer des scenarii qui sont tout simplement faux». Il dresse une liste de quatre «faux éléments».

Le membre de la RTSR, du Comité régional plus précisément, est aussi «senior consultant» au sein du Cabinet Privé de Conseils SA, un bureau de communication important à Genève, notamment sur le front politique. Contactée, l’auteure de l’article ne souhaite pas faire de commentaire. Selon une source, elle admettrait une erreur dans sa publication, qui a été corrigée, mais contesterait vigoureusement les trois autres. Selon l’article 12 alinéa 5 de ses statuts, la RTSR «ne donne pas d’instructions sur les affaires courantes du programme» des médias de service public.

«Ligne rouge franchie»

Rebelote pourtant à la fin de juin. Dans un e-mail à propos d’un autre article lié à l’affaire Maudet (un courrier que s’est aussi procuré la «Tribune de Genève»), la rédaction en chef de la RTS indique «qu’une personne membre de la RTSR» est intervenue car il y aurait eu des erreurs.

«Le service public devrait être intraitable pour garantir la séparation entre pouvoir politique et indépendance des médias.… Lire la suite...